Sillons, Plis, Tracés … :

Une image s’impose et ouvre ce cheminement dans l’œuvre de Nicolas Sanhes : celle d’un tracteur laissant derrière son passage des sillons, creusant ainsi la surface de la terre, en imposant une nouvelle forme à ce qui ne fut jusque là qu’une surface plane, vierge encore de toutes nouvelles cultures.

Une nouvelle forme inaugure cette entrée dans la matière. Une première sculpture conçue avec des matériaux bruts, un rond en métal(rails) avec en son centre plusieurs piquets en métaux et bois. Première, inaugurale, cette œuvre enferme en elle tout le déploiement des pièces à venir. Concentrique, brute, semblant être en gestation, en attente d’être, enfermant une forte tension, en attente d’être dépliée pour naître en d’autres formes et lieux.

Une forme qui semble ne tenir compte que d’elle-même, ne laissant que peu de place à l’espace qui se joue à l’intérieur d’elle.

1-Les évidences singulière

a) Premier pli : assemblage

Le bois s’impose comme matériau de ces premières sculptures qui semblent sortir de terre. Morceaux par morceaux, l’assemblage constitue un espace du dedans et un espace au dehors.

Au fur et à mesure que la pièce se dirige vers le haut, une spirale ascendante met en mouvement, l’intérieur de l’œuvre.

Les pièces qui font ressortir des pics de l’intérieur vers l’extérieur sont comme un temps où cette spirale se meut et offre une trouée, une transformation qui déjà ouvre un nouveau dialogue spatial : la direction de la spirale ascendante et les percées des multiples vecteurs dans toutes les directions possibles. Ces pics en bois sont comme les représentants de ces multitudes directionnelles, trajectoires de ces poussées de tensions créées par l’espace de la sculpture et sa rencontre avec l’espace du dehors.

Le calme relatif qui émane de ces œuvres qui ont une forme douce et ronde, qui touche par la sensualité et la chaleur du bois, ne laisse que doucement percevoir la poussée énergétique contenue à l’intérieur créant pourtant une tension si forte, qu’elle impose une fente, puis une ouverture jusqu’à la séparation en deux. L’œuvre crée un espace de circulation, libérant ainsi la tension qui y était enfermée. C’est cette tension dans l’espace qui impose une nouvelle transformation, des directions vectorisées dans l’espace : un nouveau corps.

b) Second pli : moulage, fonderie

Un temps comme un arrêt sur image, une suspension, captation du mouvement qui naît de l’ouverture de cette première forme. La masse entre en scène. Elle donne chair et corps et s’impose dans un nouveau lieu : l’extérieur, au milieu de l’espace de vie dans la cité.

La massivité de l’œuvre se fait alors légèreté et s’accommode de ce lieu où l’air semble se marier avec la forme pour la perpétuation des mouvements qui s’y génèrent.

c) Troisième pli : moulage, sculpture molle

Ce moulage qui interroge fortement ce nouvel espace intérieur, l’oblige à une nouvelle métamorphose, un autre cheminement. La peau du dedans se veut aussi former, visible. Elle est alors retournée comme un gant et s’offre à notre regard comme extirpée chirurgicalement par le geste de démoulage. La matière molle du latex nous entraîne sur un autre terrain de jeu et de pensée : celui d’une présentation, plus proche d’un emprisonnement de la Chose. Un effet d’étrangement dans ce parcours de la matière, le dur puis le mou…

Elles pendent, décharnées, comme épuisées, se reposant derrière une plaque de plexiglas, joyeuses pourtant par leur couleur acidulée et semblant rire de nous voir étonnée de cette pose

Comment aurions nous pu imaginer qu’à l’intérieur de ces formes en bois et en métal se jouait aussi une autre scène, un autre espace, une forte poussée : celui de la mise en figure d’une peau du dedans et non plus seulement cette tension vive, brute, informe ?

Nicolas nous dévoile petit à petit cet espace où le jeu du dedans qui met en forme le dehors retourne en dedans pour se poursuivre encore au dehors : l’infini du mouvement… , mise en forme de l’espace, envahie par un processus de transformation que l’on peut nommer perpétuelles métamorphoses.

2- Sculptures

L’ouverture de l’espace intérieur de ces sculptures nous fait pénétrer dans ce processus infini.

Apparaît alors comme par transparence, sous ces strates, ces peaux, un matériau nouveau qui s’impose et invite à une nouvelle rencontre, une possible mise en forme de l’informe, de l’impensable : une fiction topique.

a) Premier tracé : soudure

Des tiges de métaux sont jointes les unes aux autres par soudure, suivant une représentation graphique tri-dimensionnelle. Elles se jouent de l’écartement dans la mise en espace.

Ecartelée, s’ouvrant, en s’érigeant comme prise par un réveil soudain, sortant du sol où elle s’appuie en se déployant dans différentes directions :elle naît par le feu qui relie dans ce mouvement inquiet qui semble ne pas savoir où il commence et où il finit…

L’air s’y engouffre lui donne sa légèreté, il semble que si elle n’était pas arrimée au sol solidement, elle pourrait s’envoler… vers un ailleurs…

b) Second tracé : mouvement

Les sculptures actuelles sont un pur langage spatial. Une traduction voire une possible interprétation de l’informe, une obligation à mettre en mouvement, ce qui ne se donnait ni à voir ni à toucher, ni même à rêver. La mise en forme de ces tensions invisibles dans l’espace, semblent non seulement en prendre possession mais aussi la rendre infiniment articulée autour de ces axes de soudure.

Ces soudures sont comme les lieux de rencontre, de liaison et d’articulation entre les deux lignes de force et les deux directions représentées par les barres d’acier. Infiniment renouvelable toujours le même et déjà autre, perpétuellement inachevée car toujours au travail…une invitation à la rêverie voire au rêve ?

Nirina Rakotomanga. octobre 2005