PEINTURE

PEINTURE

Mon travail de peintre s’articule avant tout autour d’une réflexion picturale en lien direct avec ma sculpture. J’aime dire que « Ma sculpture est la structure primitive de ma peinture ». Cette affirmation définit l’essence de mon approche : ma relation à la peinture ne peut être celle d’un « peintre traditionnel. » Je l’aborde en tant que sculpteur cherchant à repousser les limites de mon art.

Ce rapport à la peinture puise son origine dans le souvenir des œuvres de Rothko, Newman, Kelly et Reinhardt, découvertes aux Beaux-Arts. Ces rencontres ont profondément marqué ma compréhension de l’art, non comme un simple objet esthétique, mais comme une expérience à la fois visuelle et émotionnelle.

Il ne s’agit pas pour moi de créer des tableaux abstraits pour leur seule harmonie formelle, leur charge symbolique, ou de reconsidérer des œuvres déjà inscrites dans l’histoire. Mon approche repose sur la même démarche que celle de l’atelier de sculpture : voir l’œuvre émerger sous mes yeux. Face aux questions « Que peindre ? » ou « Quelle place pour la peinture dans notre rapport à l’image contemporaine, saturée par la vacuité du monde actuel ? », je trouve ma réponse dans le vide de mes sculptures. Ces formes creuses, paradoxalement pleines de potentialités, deviennent le point de départ de mon vocabulaire pictural.

Cependant, mon travail ne saurait se limiter à une simple transposition de ces formes sur la toile. La peinture doit, comme la sculpture en son temps, conquérir son autonomie. Mes premières œuvres, « Les couleurs du vent », reflétaient cette transition entre les deux disciplines. Aujourd’hui, la peinture a trouvé sa propre voie : elle s’organise autour de systèmes, de géométries et d’aplats de couleur. L’espace y naît des variations chromatiques — contrastées, ton sur ton, ou monochromes, comme dans « Une somme suffisante de bleutés, pour faire sentir l’air ».

Dans ces toiles bleues, le bleu n’évoque ni le ciel ni l’océan : il incarne le vide lui-même, un espace en résonance avec mes sculptures. Chaque nuance, chaque variation de ton, invite le spectateur à percevoir le vide non comme une absence, mais comme une présence tangible, une ouverture vers la contemplation. Mon travail propose ainsi une expérience où couleur et vide dialoguent, transformant la perception de l’art en un échange constant entre matière et immatériel.

Ecrit de Nicolas Sanhes sur son travail note à paraître dans un prochain ouvrage.