DESSINS
DESSINS
C’est avec les dessins découpés que l’on perçoit avec clarté ce qui est en jeu dans ce travail pictural et dessiné : le dévoilement du secret agissant dans le geste créateur.
Sur des feuilles blanches, des lignes dessinées se voient par endroit doublées par des lignes découpées qui donnent lieu à des mouvements de surfaces ressemblant à des soulèvements de plaques tectoniques à échelle miniature. Mais ces découpes révèlent aussi des arrière-plans singuliers.
En effet, on voit paraître divers modules colorés qui relèvent parfois du fond, parfois de la face cachée du papier qui sert de support à ces variations créatrices, parfois de l’ombre que laisse une plaque qui se soulève.
Là encore, le point de départ vient d’une sculpture, mais ce qui importe c’est que le déplacement de ces lignes sur la surface engendre des variations de lignes qui, en même temps, multiplient l’espace et le découpent comme s’il s’agissait de montrer qu’il était possible de le réduire à néant. Traces objectives d’une sculpture, les lignes dessinent moins qu’elles ne font surgir et elles font moins surgir qu’elles n’ouvrent au visible des aspects cachés du monde.
Toute surface ne recouvre pas tant un monde fait de profondeurs incalculables qu’elle occulte ou cache une autre surface.
Ce secret, NS l’a perçu avec justesse. Il parvient par des gestes simples à faire sourdre la lumière de la nuit, à révéler que l’autre face du dessin, par un jeu de miroirs liés au papier, est elle-même surface et que la création est un jeu éternel au sens où Héraclite d’Éphèse pouvait déjà noter dans le fragment 52 : « L’éternité est un enfant qui s’amuse, il joue au trictrac. À l’enfant, la Royauté ».
Jean-Louis Poitevin, écrivain, critique d’art, rédacteur en chef de TK-21 LaRevue